Des origines au XVIIIème siècle :
Si les fouilles archéologiques laissent croire que la région du Locle est occupée dès l'époque mésolithique (6 à 10'000 ans a. J.C.), il faut traverser le temps jusqu'à l'an 1150 de notre ère pour trouver, dans un obituaire des Prémontrés de l'abbaye de Fontaine-André, une donation qui désigne clairement la vallée du Locle(1).
Pour le Loclois de la fin du XXème siècle, il n'est pas simple d'imaginer que ses ancêtres, grâce au sol ingrat défriché par les moines, sont essentiellement des agriculteurs. Jusqu'au XVIème siècle, les francs habergeants (2), autour d'une chapelle dédiée à Marie-Madeleine, s'adonnent, dans le Clos-de-la-franchise(3). à tous les travaux des champs, même si certaines activités artisanales commencent à prendre de l'ampleur :des documents attestent la présence de tisserands, de forgerons et de cordonniers(4) dès le milieu du XIVème siècle. Les guerres de Bourgogne du XVème siècle n'épargnent pas les Loclois : viols de frontières, pillages, meurtres furent à l'origine de légendes et de vengeances impétueuses(6).
Le calme revenu, face aux difficultés d'améliorer les terres, les Loclois s'emploient à développer l'artisanat : les bûcherons deviennent charpentiers et couvreurs; les moulins, les raisses, les rebattes et les foules (7) s'édifient le long du Doubs; les maçons construisent en pierre du pays des murs épais adaptés au climat. D'avatars en péripéties-le Loclois ne manifestant guère de sympathie à Farel et à ses disciples- la Réforme finit par s'adopter et, dans le même temps, avec quelque retard sur l'ensemble du pays, se crée la première école.
Devenue garde des frontières pendant la guerre de Trente ans, Le Locle doit subir, au début du XVIIème siècle, les cruautés des Bourguignons et des "Suèdes" et se prémunir contre les épidémies de maladies contagieuses.
En 1648, le traité de Münster réinstaure une paix qui favorise dans la Mère Commune un regain d'activités : la fabrication d'horloges de clochers(8) et d'intérieur, l'exploitation des richesses minérales (9), le commerce des drapiers, des tailleurs, des merciers, des perruquiers, des chapeliers côtoient l'art des maçons, des tailleurs de pierre, des serruriers, des charpentiers, des menuisiers, des ébénistes. La prospérité économique à laquelle les femmes ne sont pas étrangères; leur production de dentelles neuchâteloises se vend régulièrement jusqu'aux foires de Beaucaire, de Francfort et de Leipzig; fait du Locle la plus importante localité des Montagnes. L'incendie de 1683, malgré sa violence qui détruit 23 maisons dont la cure et la mairie; n'enraye que peu de temps l'essor de la communauté qui aborde, après la révocation de l'Edit de Nantes (1685), le début du XVIIIème siècle, avec une curiosité accrue pour les connaissances nouvelles. Celles-ci vont se concrétiser au mieux dans la passion de Daniel JeanRichard (10), originaire de la Sagne, qui installe au Locle, en 1705, un atelier d'horlogerie. Sa fabrication de montres de gousset passe pour être à l'origine du prodigieux développement que vont connaître les Montagnes neuchâteloises dans les décades ultérieures.
Le XVIIIème siècle voit encore s'instaurer au Locle les premières mesures sociales en faveur des gens démunis : la Générale communauté décide en 1713 de créer la Chambre de charité qui, de restructuration en restructuration, aboutit à la constitution du Fonds en faveur de la Jeunesse locloise et à la Résidence, fondation réservée aux personnes âgées. L'enfance indigente et abandonnée est prise en charge, à la même époque, par Marie-Anne Calame, fondatrice de l'Asile des Billodes.
Sous la poussée des idées nouvelles et conséquemment à la fin de la Monarchie française, des troubles sporadiques -l'affaire Mégevand(11), la complaisance d'Angelini (12), la retraite de Frédéric-Guillaume III et le règne de Berthier (13)-laissent les Neuchâtelois et les Loclois, jusque dans les années 1830, très peu certains de leurs institutions et de leur avenir immédiat.
Du XVIIIème siècle à nos jours :
Chaos, confusions, façades, faux-semblants-images de la Restauration- font place peu à peu aux premières tentatives d'émancipation. Un second incendie, le 24 avril 1833 détruit 15 maisons du centre de la ville : 515 personnes sont sans abri. Les secours affluent de partout; les antagonismes locaux se raniment. Il faut attendre 1848 cependant pour que la tension croissante entre républicains réformistes et monarchistes conservateurs éclate dans la fièvre, le soir du 28 février. Le drapeau suisse, symbole de la rupture d'avec la Prusse, flotte devant la façade de la Fleur-de-Lys et le lendemain, le comité révolutionnaire du Locle proclame l'établissement de la République(14).
1. ....commemoratio domini Reinaldi domini de Vallengin et Willermi filii ejus, qui dederunt nobis pratum apud Amens quod vulgo calcina dicitur et vallem de Losculo.
2. Les Francs habergeants désignent les bénéficiaires de la charte accordée aux habitants du Locle par Jean II, le 12 mai 1372 : sorte d'assimilation à la condition d'hommes libres.
3. Le Clos-de-la-franchise représente les localités jouissant de privilèges : Le Locle et La Sagne, plus tard Les Brenets.
4. Il est intéressant de relever qu'en patois le tisserand, le forgeron et le cordonnier ne nomment respectivement : tissot, favre, crevoisier ou courvoisier.
5. Marianne Besancenet, dite la "Marianne du Crêt-Vaillant" épouvanta les envahisseurs (il s'agit de ceux de la guerre de Trente ans !) en lançant à leur poursuite un taureau furieux. Ce "haut-fait d'armes" donna naissance au récit de la Saboulée des Bourguignons"! En réalité, le Crêt-Vaillant doit son nom, dès le XIVème siècle, au propriétaire des terres du Crêt.
6. Une expédition à laquelle participèrent des Loclois mit à sac l'abbaye de Montbenoît et sa région, avant de piller la ville de Pontarlier.
7. Installés le long du cours d'eau, les moulins, en plus de leur usage primitif, actionnaient des scies (raisses), battaient le fer (rebatte) ou foulaient le chanvre (foule).
8. En 1630, Abram Perret de la Sagne, dit Tornare, construit une horloge pour le Temple du Locle.
9. Le lieutenant Jonas Sandoz du Locle, créateur des moulins superposés du Col-des-Roches, extrait, fond et affine du fer au-dessus de Noiraigue.
10. L'histoire du maquignon anglais dont Daniel JeanRichard aurait réparé la montre à la forge paternelle et qui serait à l'origine de sa vocation n'est pas avérée : les légendes seraient-elles aussi fidèles que le quartz?
11. Laurent Mégevand, chassé de Genève pour fraudes sur le titre des boîtes de montres en or, épousa Marianne Breguet, fille du pasteur du Locle. En étroite relation avec le collaborateur de Mirabeau et avec Etienne Clavière, successeur de Necker au ministère des Finances de la République française, il réussit à attirer à Besançon, en échange de promesses mirifiques, 22 familles d'horlogers loclois (environ 700 personnes).
12. Angelini, professeur d'italien à Neuchâtel, de 1795 à 1798, fait parvenir au Directoire un mémoire où il souligne l'utilité du Pays de Neuchâtel et de Valangin (riches industries horlogères et de toiles peintes) à se rattacher à la République.
13. En 1806, après Austerlitz, Frédéric-Guillaume III cède la principauté de Neuchâtel à Napoléon Ier en échange d'une province hanovrienne. Le compagnon de première heure de Bonaparte, le maréchal Berthier , devenu prince et duc de Neuchâtel et Valangin, confie sa charge au général Oudinot qui délègue son commissaire-général, François de Lespérut. Résultat : fortes déceptions mais établissement des routes de la Vue-des-Alpes et de la Tourne.
14. En voici le début : "Habitants du Locle, une révolution vient de s'accomplir dans notre localité.
Les pouvoirs civils et militaires viennent d'être remis entre nos mains. Nous en usons de suite pour vous recommander le calme et l'ordre, qu'au besoin nous saurons maintenir".
Le 1er mars, c'est la marche sur Neuchâtel et l'installation au Château du gouvernement provisoire auquel participent deux Loclois : Henry Grandjean et Auguste Leuba.
L'intérêt général, malgré les dissensions, n'est pas perdu de vue : une réforme administrative est mise en place et le régime municipal légalisé le 25 septembre 1850; une politique du logement aboutit à la construction du Quartier-Neuf; l'enseignement élémentaire subit de profondes transformations et se créent successivement l'école secondaire, une école de dessins, des cours professionels, l'école de commerce, l'école d'horlogerie et l'école normale; la première ligne de chemin de fer est inaugurée le 1er juillet 1857; en 1842, la paroisse allemande obtient l'autorisation de construire son propre Temple et, dès 1861, les Loclois de confession catholique disposent d'une église spacieuse.
L'horlogerie n'est pas en reste : dès le début du XIXème siècle, les grandes fabriques, liées aux progrès de la science et de la technique, perfectionnent l'art de la montre. Bientôt se développent aussi des industries accessoires : précision, ingéniosité, qualité de main-d'oeuvre permettent aux Loclois d'aborder le XXème avec sérénité. L'Histoire, on le sait, ne fait pas de cadeaux. Les deux dernières guerres mondiales, malgré la frontière proche, ont influé directement ou indirectement sur la situation régionale.
Les grandes crises économiques mondiales n'ont pas épargné les Montagnes neuchâteloises. Bon an, mal an, la mono-industrie horlogère a résisté avant de s'essouffler. L'impérieux besoin de reconversion, de diversification a fait son chemin. Il marque le Loclois d'aujourd'hui d'un sceau qui ne lui est pas étranger : celui de la recherche, de la découverte, de l'ouverture. Le XXIème siècle frappe à la porte de l'Histoire : le Loclois est prêt à l'accueillir avec cette constance de sérieux, de générosité, d'indépendance qui le caractérise.
BIBLIOGRAPHIE
Les ouvrages consacrés au Locle, à son district, au canton de Neuchâtel remplissent quelques rayons de bibliothèque. Les écrits recensés ici ne constituent qu'une modeste approche d'une histoire particulièrement riche.
Baillod Willy, Les Cloches du Locle, Le Locle, 1898.
Baillod Willy, Les Hôtels de Ville du Locle, Le Locle, 1919.
Barrelet Jean-Marc, Ramseyer Jacques, Aperçu historique du canton de Neuchâtel, Fribourg, 1984.
Bory René-Jean, Considérations sur l'Histoire du Locle à travers les siècles, La Chaux-de-Fonds, 1976.
Courvoisier Jean, Panorama de l'Histoire neuchâteloise, Neuchâtel, 1963.
De Montmollin Eric, Pays de Neuchâtel, Neuchâtel, 1959.
Dindeleux Francis, Crêt-Vaillant?, Le Locle, 1979.
Du Pasquier Marc, la réforme en terre neuchâteloise, La Chaux-de-Fonds, 1935.
Evard Marguerite, Marie-Anne Calame, Le Locle, 1934.
Faessler François, Le Locle in Le régionaliste neuchâtelois, Neuchâtel, 1961.
Faessler François, Histoire de la Ville du Locle, Le Locle, 1960.
Jung Fritz, Annales locloises I à XV, Le Locle, 1946-1959.
Loze Louis, L'esprit horloger in La Suisse horlogère, La Chaux-de-Fonds, 1948.
Porret Eugène,
Thomann Charles, Le mouvement anarchiste dans les Montagnes neuchâteloises, La Chaux-de-Fonds, 1947.
Zeltner Edmond, Le Locle cité de la précision, Le Locle, 1965.
Zimmerman Jean-Paul, L'étranger dans la ville.
Le Locle et ses environs
Située à 1'000 mètres, au sein du Jura neuchâtelois, Le Locle est entourée de petites communes et de vallées verdoyantes.
Sa situation centrée en Europe, en fait une ville privilégiée car tout en vivant dans la verdure et le calme des campagnes avoisinantes, Le Locle ne se situe qu'à 20 km de Neuchâtel, 80 km de Besançon et 100 km de Lausanne. La ville est accessible par le train, la voiture, le vélo, le ski de randonnée ou la marche. Un service de cars postaux dessert également tous les lieux-dits aussi bien en été qu'en hiver.
A 5 km du Locle, en direction de La Chaux-de-Fonds, l'aéroport des Eplatures assure, toute l'année, un service reliant plus de 3'000 aéroports d'Europe et d'Afrique du Nord.
Des avions bimoteurs (2 à 10 personnes) y décollent et y atterrissent. Des vols de plaisance organisés sur demande, font découvrir la région proche et un quart d'heure ou la chaîne des Alpes en deux heures. Ce moyen de transport est utilisés, notamment, par des dirigeants d'entreprises installées dans nos montagnes.
COMMUNES, VALLEES, LIEUX-DITS
Les Brenets et le Saut-du-Doubs
Village touristique, les Brenets (876m) surplombe à la frontière franco-suisse, les bassins du Doubs. Un service régulier de bateaux mène jusqu'à la chute (Saut-du-Doubs), en traversant les méandres creusés par le Doubs dans les roches calcaires hautes de 30 m. L'hiver, par gel intense, les bassins forment l'une des plus remarquables patinoires naturelles d'Europe.
La Brévine et le lac des Taillères
Surnommée la "Sibérie de la Suisse" (le mercure peut y descendre l'hiver jusqu'à -40°), la Brévine (1046m) est au coeur d'une vallée riche en pâturages, forêts et tourbières. Petit joyau, le lac des Taillères (à 2 km du village) est fréquenté l'été, par les nageurs, les pêcheurs, les véliplanchistes; l'hiver, par les patineurs.
Conditions idéales pour les courses pédestres, pour les randonnées en ski de fond ou de promenade.
La Chaux-du-Milieu
A mi-chemin entre Le Locle et La Brévine, La Chaux-du-Milieu (1080m) est un petit village agricole entouré d'anciennes fermes (parfois à toits de bardeaux) et possédant un temple remarquable illuminé par des vitraux de Lermite.
La Ferme Modèle et l'Escarpineau
But traditionnel des promeneurs loclois, la Ferme Modèle est entourée de forêts propices à la pousse des champignons. Piques-niques et "torrées". Depuis l'Escarpineau, vue plongeante sur les bassins du Doubs et le barrage du Châtelot.
La Ferme Robert et le Creux-du-Van
Restaurant-musée, la Ferme Robert s'élève au pied des parois rocheuses qui forment le cirque du Creux-du-Van. Réserve naturelle protégée, s'il n'abrite plus d'ours (le dernier fut tué par David Robert en 1757), le Creux-du-Van constitue une source de grand intérêt pour les spécialistes ou les amateurs de la flore et de la faune (notamment chamois et lynx).
Le Grand-Cachot-de-Vent
La vallée de La Brévine est truffée de fermes typiques du Jura neuchâtelois. La ferme du Grand-Cachot-de-Vent, datant du XVIème siècle constitue l'un des plus beaux spécimens rénovés. De mai à octobre, elle organise des expositions culturelles de haute qualité qui sont ouvertes au public tous les après-midi (sauf le lundi), de 14h30 à 17h30.
Le Grand-Som-Martel
Très appréciés des amis de la nature, le Grand-Som-Martel, le Petit-Som-Martel et la Petite-Joux constituent des buts de promenades mycologiques, des relais pour les chasseurs ou les skieurs, des lieux de gastronomie campagnarde. Piques-niques et "torrées". Vue splendide, surtout l'automne, sur la chaîne complète des Alpes.
La vallée de la Sagne
Petit village agricole qui fut le berceau de l'horlogerie neuchâteloise , la Sagne (1030 m) s'étend au creux d'une vallée recelant des fermes typiques et une belle église du XVIème siècle. Ravissant musée d'histoire régionale.Téléskis et pistes balisées pour le fond.
La vallée des Ponts-de-Martel
Le village des Ponts-de-Martel (1000 m) s'élève au -dessus d'une large vallée de tourbières qui contient la réserve naturelle du Bois des Lattes, connue des spécialistes pour sa flore unique et rare. Téléskis, pistes de fond balisées, patinoire, tennis.